Etre différente ou penser l’être

Ce matin sur Facebook, on parle de la différence qui mène à la solitude pour ne pas dire l’isolement.

J’ai souri. Parce qu’avant même que je naisse, j’étais déjà différente. En fait, tout le monde est différent!

Depuis toute petite, j’ai toujours senti que je dérangeais car j’aimais apprendre et j’étais très souvent première de classe. Dans mon entourage, on considérait ma quête de connaissance comme étant le propre d’une orgueilleuse. Sauf les religieuses qui m’encourageaient à poursuivre.

Mais, il faut bien souligner qu’au Québec, s’instruire et bien s’exprimer était et est encore mal vu. Trop souvent malheureusement, on encourage le nivellement par le bas. (Est-ce parce que mon peuple a été habitué à se méfier des élites qui l’ont trop souvent trompé à leur avantage?)

Combien de fois ai-je entendu: « Tu te prends pour qui toi? « Tu lis trop, tu vas finir à Saint-Jean-de-Dieu »* ou encore « Toi, qui sais tout ».

A l’adolescence, je ne lisais pas de romans du genre « Sylvie, hôtesse de l’air » et je préférais de loin mes « Bob Morane ». Puis, je me suis inscrite à des cours de littérature française et là, j’ai découvert tous les auteurs français permis et défendus!

Je ne rêvais pas de me marier tôt, d’avoir des enfants et de faire la cuisine, encore moins que ma valorisation personnelle passe par servir un mari. Je voulais étudier le plus longtemps possible, avoir un bon emploi, si possible une profession et surtout ne pas dépendre financièrement d’un homme.

Très tôt par mes lectures et par l’influence de femmes comme Lise Payette, Aline Desjardins, Janette Bertrand et des féministes américaines et françaises, je me suis sentie appuyée, poussée vers la liberté. Déjà que la Révolution tranquille faisait bouger la société québécoise dont les femmes… Je suis donc allée fièrement vers ma vie de femme qui a le droit de choisir.

Plus tard, certaines femmes ont eu peur que je leur vole leur mari parce que je préférais souvent parler politique, philosophie, etc avec eux. Je me tenais loin des discussions oiseuses du genre « la couleur de mon nouveau rideau de douche » ou encore une quasi-dissertation sur la robe de la voisine qui lui donnait l’air d’une « guidoune » (fille facile).

Encore aujourd’hui, je dérange parfois parce que je suis féministe, politisée, que j’utilise mes connaissances lesquelles m’ont d’ailleurs permis de travailler dans des secteurs aussi divers que la bibliothéconomie, le cinéma et bien sûr durant trente ans auprès du Ministère des anciens combattants.

Si on me parlait de Trouble de la personnalité limite, d’état de stress post-traumatique ou encore de syndrome fémoro-rotulien, je n’étais pas dans l’ignorance totale. Quand on mentionnait le Rwanda, je savais qu’autrefois, il avait fait partie du Congo Belge et si on me parlait de la Macédoine, je savais qu’on parlait d’autre chose que d’une boite de conserve de légumes divers!

Je continue de me renseigner, d’apprendre. J’ai une bonne curiosité et je me dis que mon cerveau doit servir à quelque chose. J’oubliais de vous dire que pour moi, apprendre, s’instruire, poser des questions, c’est être ensuite en mesure de vivre le plus consciemment possible ma vie sur cette planète, la mieux connaître et surtout pouvoir mieux cerner les enjeux sociaux et apprécier mes semblables parce que la connaissance ouvre mon esprit et mon coeur.

Le fait de me démarquer par ma curiosité intellectuelle, mon féminisme etc a eu comme résultat de parfois m’isoler. C’est un fait certain. Mais je me dis que l’ignorance peut transparaître aux moments les plus inopportuns et qu’il est préférable pour moi d’avoir une connaissance générale des choses que de jouer la jolie tête vide.

Oui, la différence nous apporte parfois en cadeau la solitude. Mais cette dernière peut faire notre affaire à l’occasion. Tout dépend de la façon dont on décide de vivre cette solitude. Tout dépend ce qu’on décide d’en faire. Elle peut être créatrice comme elle peut devenir destructrice. La solitude est autre chose que l’isolement.

Je sais maintenant que ce que j’appelais ma différence, ma rébellion étaient partagées par beaucoup de québécoises, que je n’en avais pas le monopole et que bien que nous soyons toutes uniques, nous avons beaucoup plus de ressemblances que de différences.

En conclusion: je refuse de ne considérer que la différence des êtres qui m’entourent et je tente autant que possible de voir ce qui nous ressemble, ce qui nous unit.

Moi, le diviser pour mieux régner… je l’ai loin!

  • Saint-Jean-de-Dieu: Ancien nom d’un hôpital psychiatrique montréalais.

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