Montréal, j’t’aime, j’t’haïs! Montréal, j’t’aime, j’te veux!

Je suis née sur la rue Saint-Denis à Montréal. J’y ai manifesté et j’y ai rencontré le père de mon fils, puis mon deuxième conjoint . J’y ai dansé, chanté « Vive le Québec libre » et j’y ai pleuré aussi.

Bref, après 66 ans passés dans MA ville, je suis partie vers la banlieue nord. Je n’en pouvais plus de ne pas me sentir chez moi, de ne plus entendre que rarement un mot de français. Je ne me reconnaissais plus dans cette ville, cette métropole qu’on a laissée décrépir au fil des ans. La violence, le stress etc. Les longs trajets pour aller au travail et en revenir dans des wagons de métro et des autobus bondés.

Mais, il m’arrive de m’offusquer, de me fâcher quand j’entends les gens des régions ou de Québec se moquer, ironiser, détester Montréal. C’est comme si on riait de moi, de mes parents, de ma famille, de mes amis, de mes voisins.

Pourtant, Montréal, on aime bien traverser ses ponts pour aller s’encanailler, danser, boire, fêter. Une fois de temps à autres. Comme pour une prostituée qu’on visite occasionnellement et qui est notre plaisir honteux.

Montréal, on y étudie, on y passe des nuits blanches et des hivers de verglas, on y admire les filles aux jupes courtes, on y travaille, on y prend un cinq à sept avant de s’en retourner dans notre petite banlieue pépère, sage, propre…. « tellement un bel endroit pour y élever ses enfants »!

Montréal, c’est tellement plus que la pandémie ou Montréal-Nord (que certains ne connaissent trop souvent que par les journaleux qui l’ont salie lors de l’histoire des Villanueva).

Montréal, c’est plus que les rues défoncées, les immeubles maganés et les taudis logeant de pauvres ouvriers immigrants en proie à des hivers glacials et des coquerelles estivales.

Montréal, c’est ma vie, mon souvenir de temps plus heureux, de l’Expo, des Floralies, du Festival de Jazz, des Jeux olympiques, de « Juste pour rire » et des Saint-Jean sur la Montagne.

Montréal, a survécu aux iroquois venus de « New Holland » (New-York), aux inondations, aux incendies orangistes, à la Confédération, au mépris anglophone, aux usines, aux tanneries et brasseries, et aux nouveaux arrivants qui criaient contre McGill Français, ou contre les cours de français dans les écoles de Saint-Léonard.

Montréal, c’est aussi sa stupeur lors d’un fameux « Lundi de la matraque » des insultes répétées de Pierre-Elliott Trudeau, des soldats armés jusqu’aux dents, des 500 citoyens emprisonnés pour rien et des convois de militaires pour nous faire peur durant la Crise d’Octobre. Montréal multi-culturel. Montréal autrefois si fière, aujourd’hui si inquiète…

Montréal est encore là. C’est encore ma ville et quand je franchis le Pont Jacques-Cartier ou que je reviens par l’Ouest de la ville et que je vois ses lumières clignoter, j’ai encore ce petit pincement au coeur: Je reviens CHEZ-NOUS!

Mon dilemne: je l’aime, je la déteste mais c’est MA ville et je vais continuer de m’ériger contre tous ceux qui la méprisent.

J’ai des petites nouvelles pour vous: Elle va nous survivre cette ville. Elle va encore nous étonner. Nous ne serons plus là et elle nous narguera!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s